Rond-Point LA COLONNE

Rond-Point LA COLONNE

A l’entrée Est du village, sur le rond-point se dresse une colonne indicatrice avec cadrans solaires datant de Napoléon 1er.

Pour la petite histoire...

Colonne napoléonienne

Au rond-point situé à l’entrée de Dorlisheim se dresse une colonne surmontée d’un cadran solaire, en surélévation sur un remblais de terre. Il s’agit d’un ouvrage napoléonien s’inscrivant dans le programme de rénovation des réseaux routiers dans le Bas-Rhin réalisé par le préfet Lezay-Marnésia à partir de 1811. Cette colonne d’indication routière et les bancs reposoirs que l’on trouve également dans la commune s’inscrivent dans la même démarche d’aménagement des réseaux routiers au Premier Empire.

Origines de la rénovation routière

En 1806, Napoléon 1er déclare un blocus des échanges commerciaux du continent à l’encontre du Royaume-Uni dans le but de l’asservir économiquement. Cette disposition aura pour conséquence de densifier les échanges intra-continentaux. La renaissance du commerce international et du trafic militaire en Alsace qui en découlent engendrent une utilisation intensive des routes et des voies ferroviaires. Dans le Bas-Rhin, l’entretien des voies de communication commerciales n’est pas suffisant. Il en résulte très rapidement un mauvais état général dommageable aux conditions de circulation des personnes et des marchandises.

En 1810, Adrien de Lezay-Marnésia, tout juste nommé Préfet du Bas-Rhin, adresse un rapport au Ministère qui décrit l’état des voies de circulation : “Les routes ne sont plus praticables pour les transports militaires, voyageurs en poste et chariots d’industrie”.

La rénovation des voies de transport commence immédiatement et constituera le grand accomplissement du mandat préfectoral de Lezay-Marnésia. Ces travaux nécessitent 100 000 hommes et 20 000 chevaux. Ils s’attachent à rénover durablement les  routes départementales et nationales.

La rénovation matérielle des voies de transport s’accompagne d’une rénovation administrative. Dans un document daté du 16 Juin 1812 et adressé au Conseil Général du Bas-Rhin, le préfet présente le nouveau classement administratif des routes qu’il a préparé. De plus, la nouvelle carte routière explicite les nouveaux principes de signalisation et équipements à mettre en place par les communes - “bornes, bancs-reposoirs, colonnes indicatives et autres monuments” - et précise l’implantation à venir des colonnes et bornes.

La réalisation des nouveaux équipements est confiée aux municipalités concernées. Dans une circulaire envoyée aux maires du département le 31 Décembre 1812, le préfet propose 9 modèles de monuments parmi lesquels les communes choisiront ceux qui leur conviennent. De la même manière, les détails et qualité de finition sont laissés au soin des communes : “(... libre choix pour) le soin qu’elles donneront à  leurs travaux de prestation en nature, le rang dans lequel elles veulent être placées”.

Morphologie et singularité

Située à  l’intersection des routes D392 et D422, la colonne napoléonienne de Dorlisheim est, à l’origine, une borne d’indication routière. Elle s’intègre dans les réalisations du programme de revalorisation des voies de transport effectué par le préfet Lezay-Marnésia entre 1810 et 1814 dans le Bas-Rhin. Une dizaine de colonnes sont encore aujourd’hui érigées.

Elle est à dater des années 1812-1814.

Réalisée en grès rose, elle est surélevée par  un dé et présente une morphologie ionique, quand la plupart des colonnes d’indication routière relèvent de la typologie dorique[1].  Son fût élancé et lisse laisse apparaître deux emplacements ciselés en réserve dans la pierre. Ceux-ci accueillaient les plaques - probablement en bronze - mentionnant les grandes directions qu’il était possible d’emprunter depuis le positionnement de la colonne. Les deux zones sont séparées de part et d’autre du fût par une ornementation en palmettes.

C’est le chapiteau qui coiffe la colonne qui lui donne son caractère ionique. Celui-ci est très semblable au chapiteau de la colonne de Strasbourg. Le gorgerin[2] à palmettes supporte une échine à volutes décorée d’oves[3] et l’abaque accueille un cadran solaire, dont la présence singularise l’ouvrage. Le gorgerin du chapiteau ne semble cependant pas être un élément original. En effet, en 1950 un accident de la circulation ampute la colonne de sa partie supérieure. La coloration blanche du gorgerin et la section non régulière du haut de la colonne indiquent une réparation, dont l’enjeu a été de repositionner le chapiteau à cadran, ou bien de recréer en totalité le couronnement de la colonne. Ni la datation ni l’origine du cadran ne sont certaines.

Ce cadran est donc un cube de grès rose biseauté en ses 4 angles. Chacune de ses faces extérieures présente un cadran solaire. Ce type de cadran est nommé dodécaèdre gnomonique[4]. Il est symbolique de l’ambition de porter le regard et  la connaissance dans les 4 directions cardinales. De plus, les faces n’indiquent pas toutes les heures d’une journée. On constate que la primeur est donnée aux heures matinales du printemps et de l’été. Avant d’orner la colonne, ce cadran a pu être utilisé sur une exploitation agricole, par exemple.

Cette colonne est la seule du corpus érigé au début du XIXème siècle à présenter un tel ornement. Ce cadran n’est très probablement pas un attribut original de la colonne mais un ajout postérieur. La date et les motivations de cet ajout demeurent floues.

Cependant, il est intéressant de constater qu’ainsi coiffée la colonne adopte l’allure générale de la colonne gnomonique. Ce type de colonne est une émergence du cadran solaire de hauteur. Initialement mobile et posé en hauteur pour s’adapter aux spécificités d’ensoleillement vernaculaire, il deviendra fixe avec le temps. Il est donc courant d’observer des cadrans solaires urbains au sommet de colonnes. Toutefois, les fûts des colonnes doivent être marqués afin de permettre la lecture de l’heure par projection d’ombre. Dans d’autres cas, c’est le dé de la colonne qui est gravé de repères de lecture.

Ce n’est ici pas le cas. La colonne n’a donc pas pour vocation première d’être utilisée avec un cadran solaire.

Le segment de fût séparé de la colonne est visible dans le jardin de l’église romane[5].

Marjorie Deshayes.

[1] L’ordre dorique, premier ordre de l’architecture antique, est un style plus massif que l’ionique et le corinthien.

[2] Bague décorative de la colonne, de couleur claire.

[3] Oves : formes ovoïdes décoratives. Elle sont situées sous l’abaque.

[4] Cadran solaire à 12 faces.

[5] A gauche, au niveau du portail depuis la rue de l’Église.